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Au cas où la foudre s’abat sur ma maison 
Tatiana Vejić (solo show)
Centre culturel de Serbie • 2026















Au cas où la foudre s’abat sur ma maison
Ana Bujošević


A note from the curator:

When I met Tatiana, not so long ago, I had the strange feeling we already knew each other. Not because we shared the same childhood — we didn’t. But because we carried the same invisible inheritance: the same stories told by parents, grandparents, and the same superstitions kept za svaki slučaj; just in case.

In her poem -ić, Tatiana writes about searching for someone whose name ends the same way as hers, as if a suffix could become a form of recognition, a promise of sisterhood. I recognized myself in that search immediately.

Sometimes belonging begins with something as small as a shared ending, a familiar expression, or the certainty that someone, somewhere, was also told to water the čuvar kuće to protect the house from lightning. As if a plant on a windowsill could be a lightning rod for bad luck itself.

Perhaps this exhibition is its own ‘čuvar kuće’. Not a guardian of walls, but of those fragile things we inherit — language, rituals, affection, and the quiet certainty that even from a distance, we can still recognize each other.

Sometimes, all it takes is a name ending in -ić, a strike of recognition as sudden as lightning itself.

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Nešto mi govori
Diana Koprivica 



Un mur est fait pour être peuplé
afin que l’oeil puisse divaguer
d’une image à l’autre.



Exhibition text:


Première exposition personnelle de Tatiana Vejić, Au cas où la foudre s’abat sur ma maison, puise son titre dans une superstition ancrée dans la culture serbe et évoque ainsi le coeur de l’exposition présentée au Centre culturel de Serbie du 3 au 30 septembre 2026.

S’articulant autour d’un imaginaire et d’un langage propres à l’artiste, l’exposition donne à voir les visions figuratives et abstraites de l’artiste, expressions de la mémoire, des traditions et des superstitions qui nourrissent son art.

Les oeuvres dialoguent avec des passages du recueil Trois pour la chance, invitant le visiteur à s’immerger dans la mythologie personnelle de l’artiste, qui soulève pourtant une question universelle: que faire de sa propre histoire?

Il y a un aspect magique à la pratique de Tatiana, qui se manifeste dès les premières phases de la création. La phase préparatoire est à la fois précise et soumise à l’aléatoire. Le châssis est commandé sur mesure à l’étranger ; la toile, au grain spécifique, est toujours la même. ; les matériaux, une fois trouvés, sont rachetés aux mêmes endroits. Est-ce là une manière d’éloigner l’incertitude, de ne pas craindre la perte, évoquée avec véhémence dans Trois pour la chance ?

A côté de cette rigueur, le gesso est une potion dans laquelle, même si les ingrédients sont connus, l’assemblage doit faire la part belle à la sensation et à l’instinct. La formule semble évoluer d’elle-même, se faire connaitre quand elle le décide, parfois après des années d’expérimentation.

Le résultat de cette formule est une matière lisse et poreuse, rappelant les supports de fresques murales médiévales dont la Serbie est abondamment peuplée, sur laquelle émergent les visions de Tatiana: références populaires, artéfacts qui semblent revenir sans cesse, images ancrées dans la culture commune serbe. Les sujets apparaissent au fur et à mesure des aplats de couleurs, des ajouts et des retraits de couches, des successions de textures et des accidents. À travers cette pratique où l’instinct se mêle au geste physique, les images puisées dans la mémoire de l’artiste trouvent progressivement leur chemin jusqu’à la toile.

Parmi ces visions, le foyer prend une place à part. La maison inachevée d’un côté, élément assez commun du paysage serbe ; un intérieur en bois, dépouillé mais chaleureux, orné d’une icône discrète sur le mur ; la troisième maison semblant s’envoler, tenant encore à peine à ses racines, qui n’est pas sans rappeler une scène  célèbre du Temps des Gitans de Kusturica, dans laquelle la maison flotte au-dessus de ses habitants. Refuge ou au contraire carcasse fragile, le kaléidoscope des représentations du foyer continent toutes les obsessions qui transparaissent dans le travail de l’artiste: l’idée d’avoir un endroit à soi, mais également la précarité de cet endroit, qui semble si fragile, squelettique voire abandonné.

Un mur est fait pour être peuplé, afin que l’oeil puisse divaguer d’une image à l’autre.  Tiré de Trois pour la chance et d’écrivant l’appartement de la grand-mère de l’artiste, rue de Turenne, ce passage peut s’appliquer à l’imaginaire de Tatiana, et in fine à son oeuvre. Comme le mur, l’esprit est peuplé de ces images et divague de l’une à l’autre, les assemble, les déforme, leur donne une teinte nouvelle. Exprimées par la physicalité du geste de l’artiste, ces visions parlent en quelque sorte à travers elle, semblent ne pas donner d’autre choix que d’apparaître.

Il y a là une curiosité irrésistible face à sa propre histoire, une envie de comprendre cet inventaire d’images qui hantent l’esprit sans jamais réellement révéler leur essence. La création, visuelle et écrite, permet de trouver son chemin dans ce labyrinthe des racines, de comprendre sa propre mystique, se l’approprier - tout ce qui peut être fait afin d’éviter qu’elle se perde.